Blog destiné à faire connaître les éditions de bandes dessinées de poche ROA (1949-1984).

De sa véritable identité Grégoire du Pontabre, Cosmicman est à la ville un vicomte oisif et playboy, qui en secret revêt chaque nuit l'armure étoilée du vengeur Cosmicman. Cette armure magique, il l'a trouvée dans soucoupe volante qui s'était écrasée sur ses terres par une nuit d'orage. Elle lui confère le pouvoir de voler et une force quasi illimitée.
Dès lors, il n'aura de cesse de combattre le crime qui se manifeste le plus souvent sous la forme de politiciens véreux, de gangs malfaisants, et de terroristes de tous poils.
C'est pour le compte de la défunte S.E.B. (Société d'Editions Bretonne), et ancêtre des éditions ROA, que John King crée initialement ce super-héros fin 1945, sur des dessins de "Guennec".
6 siècles après le Chevalier Panache, et 30 ans avant Superdupont, Cosmicman est LE croisé pourfendeur de l'anti-France ! (On notera au passage un goût tout particulier de John King pour les héros d'ascendance noble : avec le Duc de Brume et le Comte de Panache, c'est en effet le 3ème sang-bleu des éditions !)

Toute première planche de Cosmicman - On admire la concision de la narration !
- Moins angélique que Superman, et ses autres collègues américains, ce personnage s'inscrit plutôt dans la sombre lignée de Fantax, des Français Marcel Navarro et Chott (1946), et des personnages italiens Satanik et Diabolik.
L'influence de Fantômas, et des pulp américains comme le Shadow ou the Spider imprègne cette série d'un parfum de violence qui compliquera sa publication, jusqu'à se voir interdire en 1949, année où est votée la célèbre loi sur la protection de la jeunesse.
Dès lors, la France y est soumise et elle fera quelques célèbres victime, parmi lesquels les super-héros de Stan Lee, et conduira à l'arrêt des revues Fantask et Marvel à cause... des Quatre Fantastiques !
" L'Avis de la Commission de Censure sur les Publications destinées à la jeunesse rendra l'avis suivant au sujet de Fantask : « Cette publication est extrêmement nocive en raison de sa science-fiction terrifiante, de ses combats de monstres traumatisants, de ses récits au climat angoissant et assortis de dessins aux couleurs violentes. Et l'ensemble de ces visions cauchemardesques est néfaste à la sensibilité juvénile. »
Cosmicman n°1 - oct.1952 - (couverture : Duvalli) - On notera au passage la symbolique phallique du héros et du canon !
Cosmicman est un personnage violent (il pratique parfois la torture!), qui s'adoucira au fil des ans pour échapper à cette censure. Il renaîtra ainsi en 1952 dans un mensuel baptisé Action (pour tromper l'ennemi?).
Cet adoucissement continu est pourtant ce qui causera véritablement la fin de la série, puisqu'elle s'arrêtera au bout de 323 numéros, en août 1979, alors que la jeunesse de France est en pleine fièvre Marvel. Le ton quasi poujadiste du personnage, et qui émaille souvant les scénarii de John King (voir : Panache !), n'était certainement plus en phase avec les idées de la jeunesse française des années 70. La rédaction prétextera d'ailleurs à ce propos "une concurrence déloyale avec les traductions de matériel américain".
Comme disait Harvey Kurtzman, le génial créateur de MAD :
" Le succès a souvent plusieurs pères. Seul l'échec est orphelin!"
Restent les splendides couvertures de Stéfano Duvalli, et quelques splendides planches signées Josh Square, Santi Diaz-Lage ou Robert Cochard.
Fans de Fantax, notez que le petit fils du dessinateur Chott a lancé une souscription pour rééditer la mythique série dessinée par son grand-père: http://www.editionchott.com/